L’essentiel :
- Le constat : Un grand nombre d’utilisateurs détiennent des accès sensibles (T-Codes critiques) qu’ils ne sollicitent jamais, créant une faille de sécurité majeure.
- Le risque : Ces accès « dormants » facilitent les mouvements latéraux en cas de cyberattaque, faussent les rapports de conformité SoD et alourdissent la maintenance du système.
- La méthode : Une détection efficace repose sur l’analyse croisée entre les droits théoriques (profils de rôles) et les traces d’usage réel (logs système et statistiques de charge).
- L’objectif : Appliquer le principe du moindre privilège pour assainir l’environnement, simplifier les audits et préparer sereinement les futures évolutions (S/4HANA).
Transactions critiques non utilisées : comment réduire la surface d’attaque de votre environnement SAP
Dans les environnements SAP, les transactions critiques (T-Codes) accordent des pouvoirs étendus sur les données financières, les processus RH et l’intégrité technique du système. Si elles sont indispensables au quotidien de certains métiers, elles représentent un risque cyber majeur lorsqu’elles sont mal contrôlées.
L’un des constats majeurs lors des audits de sécurité : une part significative des utilisateurs détient des transactions sensibles qu’ils n’utilisent jamais. Ces accès inutilisés constituent une surface d’attaque silencieuse : invisible au quotidien, mais exploitable par un attaquant, un compte compromis, ou un utilisateur interne malveillant.
Pourquoi les transactions critiques dormantes sont un risque majeur
En cybersécurité, l’application du Principe du Moindre Privilège (PoLP) est fondamentale. Tout droit non utilisé est un risque inutile.
1/ Exposition en cas de compromission (Lateral Movement) : Un compte dont les identifiants sont volés devient un levier redoutable si les rôles contiennent des transactions de debug (/H), de modification de tables (SE16N) ou de gestion de flux bancaires (FI02).
2/ L’illusion de la conformité SoD (Segregation of Duties) : Un utilisateur peut générer un conflit de séparation des tâches « théorique » à cause d’une transaction qu’il n’ouvre jamais. Cela pollue les rapports d’audit et mobilise inutilement les équipes de remédiation.
3/ Le phénomène du « Privilege Creep » : Au fil des ans et des changements de postes, les utilisateurs accumulent des droits sans jamais rendre les anciens. Sans surveillance continue, ce cumul devient ingérable pour les administrateurs de sécurité.
4/ Complexité de maintenance et de migration : Plus les rôles sont « gonflés » (bloated roles), plus l’analyse d’impact lors d’une montée de version ou d’une migration vers SAP S/4HANA est lourde et risquée.
Méthodologie de détection des accès inutilisés
Là où une analyse manuelle via les transactions standard (SUIM, STAT) est chronophage et limitée techniquement, une approche automatisée permet une vision multidimensionnelle.
1. Analyse croisée : Autorisations vs Usage réel
Une détection efficace ne se contente pas de regarder ce que l’utilisateur peut faire, mais ce qu’il fait réellement. Elle repose sur l’agrégation de plusieurs sources de données :
- Données d’habilitation (UVR) : Analyse fine des profils et rôles assignés dans le système.
- Traces d’usage profond : Exploitation des statistiques de charge (ST03N), des logs d’exécution (STAD) et, si nécessaire, du Security Audit Log (SAL) pour une traçabilité exhaustive.
- Analyse temporelle : Distinction entre les transactions utilisées périodiquement (clôture mensuelle ou annuelle) et celles qui ne sont jamais sollicitées.
2. Identification par référentiels de criticité
L’analyse doit s’appuyer sur des bibliothèques de transactions à haut risque, classées par domaines :
- Administration Système : SCC4, SM30, SU01, SE01.
- Finance & Trésorerie : FB01, OB52, F110.
- Logistique & Achats : ME21N, MI01, VA01.
- Accès direct aux données : SE11, SE16N, SQVI.
3. Reporting et aide à la remédiation
La traduction des données techniques en indicateurs compréhensibles est essentielle pour la gouvernance :
- Score de pollution des accès : Pourcentage de droits critiques non utilisés par département ou par entité.
- Cartographies de risques : Identification visuelle des comptes présentant le plus haut niveau de privilèges inutilisés.
- Aide à la décision : Recommandations de retrait d’accès basées sur l’absence prolongée d’usage, permettant de réduire la surface d’attaque sans perturber l’activité métier.
Impact du retrait des transactions critiques non utilisées
Réduction directe de la surface d’attaque
En supprimant les accès inutilisés, les portes d’entrée « faciles » sont fermées. Un attaquant ne pourra pas exploiter un privilège qui n’est plus présent sur un compte compromis.
Conformité et Audit simplifiés
Lors des audits, il est crucial de présenter une preuve de gouvernance active. La capacité à démontrer que chaque privilège critique est surveillé et justifié par l’usage réel renforce la crédibilité du contrôle interne.
Optimisation pour S/4HANA
La migration vers S/4HANA nécessite souvent de repenser les rôles (passage aux catalogues Fiori). Identifier les T-Codes obsolètes ou non utilisés permet de construire un modèle de sécurité « Lean » et moderne dès le départ, évitant de migrer des risques inutiles.
À l’heure où les cyberattaques sur les ERP augmentent en fréquence et où les obligations de conformité se durcissent, la maîtrise des transactions critiques est un enjeu vital. La transformation d’une tâche complexe et manuelle en un processus de contrôle continu garantit un système sain, sécurisé et pérenne.
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